jeudi, février 02, 2006

Le sursis

Depuis l’élection du Parti conservateur, plusieurs anticipaient que le premier sondage qui allait sortir concernant les intentions de vote envers la souveraineté comme étant dévastateur pour l’Option. Peu de gens étaient alors surpris par la sortie du dernier sondage CROP donnant seulement 41 % des intentions de vote OUI, annonçant par la même occasion un retour à la case départ.

Or, nous apprenons ce matin que la firme de sondage a fait erreur, et que l’option souverainiste recueillerait 44%, soit deux points de moins qu’avant les élections, ne qui n’est aucunement significatif lorsque l’on tient compte de la marge d’erreur. Néanmoins, ce sursis pourrait tout de même être de courte durée. Si Stephen Harper a aussi bien compris l’état de l’opinion publique québécoise qu’il le montrait en campagne électorale, le temps finira bien par ramener les choses à ce qu’elles étaient avant le scandale des commandites.

La défaite des libéraux du 23 janvier est paradoxalement néfaste pour la cause souverainiste. Une bonne part de leurs arguments en faveur de la souveraineté s’est éclipsée ce soir là. Désormais, le Parti libéral peut être aussi arrogant qu’il ne le veut envers le Québec, cela ne sera plus parole gouvernementale, mais bien parole d’opposition. Désormais, c’est un Stephen Harper promettant d’être conciliant qui dirige le pays

Les «mous»
Une part importante des Québécois considère que la souveraineté peut être une bonne avenue, mais qu’elle constitue un dernier recours. Ces «mous», à qui les sondeurs accordent une proportion allant jusqu’à 20% de l’électorat, constituent une clientèle cruciale, puisqu’ils peuvent, à eux seuls, faire basculer un éventuel résultat référendaire vers l’un ou l’autre des deux camps. Le gagnant sera en quelque sorte le plus habile à séduire cette part de l’électorat.

Le Parti libéral du Canada, par sa centralisation, ne réussissait à rejoindre que les «vrais» fédéralistes, ces individus qui ne basculeraient dans le camp souverainiste sous aucun prétexte. Quant au Parti Québécois, il fait exactement la même chose, mais envers les «vrais», souverainistes, ceux pour qui un gouvernement fédéral conciliateur ne fera jamais pencher dans le camp du NON.

Le Parti conservateur, s’il met en valeur son programme conciliateur, ira chercher davantage de «mous» qu’un Parti Québécois proposant de faire un référendum le plus tôt possible dans un premier mandat. Et ce, sans proposer aucun partenariat avec le Canada. Sans le Parti libéral du Canada pour faire un lourd contrepoids, le mouvement souverainiste ne risque pas de remporter sa victoire tant attendue dans un avenir prévisible.

MAF